Peu importe où te mènent tes pas,
laisse ton coeur te guider.
(proverbe chinois )
Le ciel qui s'entr'ouvrait referma son azur.
Tout à coup une voix sortit du voile obscur;
Le flot, qui sous le vent redevenait sonore,
Se tut, et quatre fois cette voix vers l'aurore,
Vers le sud, vers le triste occident, vers le nord,
Cria : - Je suis Isis, l'âme du monde mort!
Hugo, La Fin de Satan, 1re page sortie de l'ombre, 1885, p. 780.
A tous les lecteurs de vie, de choses, de textes, de photos, de poésies…
Jean Cocteau, Le Rappel à l'ordre
On a coutume de présenter la poésie comme une dame voilée, langoureuse, étendue sur un nuage.
Cette dame a une voix musicale et ne dit que des mensonges.
Maintenant, connaissez-vous la surprise qui consiste à se trouver soudain en face de son propre nom comme s'il appartenait à un autre, à voir, pour ainsi dire, sa forme et à entendre le bruit de ses syllabes sans l'habitude aveugle et sourde que donne une longue intimité?
Le sentiment qu'un fournisseur, par exemple, ne connaît pas un mot qui nous paraît si connu, nous ouvre les yeux, nous débouche les oreilles. Un coup de baguette fait revivre le lieu commun.
Il arrive que le même phénomène se produise pour un objet, un animal.
L'espace d'un éclair, nous « voyons » un chien, un fiacre, une maison, « pour la première fois ».
Tout ce qu'ils présentent de spécial, de fou, de ridicule, de beau nous accable.
Immédiatement après, l'habitude frotte cette image puissante avec sa gomme
Nous caressons le chien, nous arrêtons le fiacre, nous habitons la maison.
Nous ne les voyons plus.
Voilà le rôle de la poésie.
Elle dévoile, dans toute la force du terme.
Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement.
Inutile de chercher au loin des objets et des sentiments bizarres pour surprendre le dormeur éveillé.
C'est là le système du mauvais poète et ce qui nous vaut l'exotisme.
Il s'agit de lui montrer ce sur quoi son cœur, son œil glissent chaque jour, sous un angle et avec une vitesse tels qu'il lui paraît le voir et s'en émouvoir pour la première fois.
Voilà bien la seule création permise à la créature.
Car s'il est vrai que la multitude des regards patine les statues, les lieux communs, chefs-d'œuvre éternels, sont recouverts d'une épaisse patine qui les rend invisibles et cache leur beauté.
Mettez un lieu commun en place, nettoyez-le, frottez-le, éclairez-le de telle sorte qu'il frappe avec sa jeunesse et avec la même fraîcheur, le même jet qu'il avait à sa source, vous ferez œuvre de poète.
Ce matin le ciel,
Sous le vent, s'est enflammé.
Mais pleura la pluie.
Un bonheur ne vaut que s'il est partagé.